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Notes d'écriture
Quelques aphorismes de Léautaud sur le style et les écrivains :
"Encore une expérience qui me confirme ceci : que je ne
réussis pas les choses trop longues _ qu’il est dangereux pour moi d’amasser des
notes pour m’en servir un jour au l’autre, que je n’écris tout à fait bien ce
que j’ai à dire qu’en écrivant aussitôt que l’idée me vient, le sujet, en en
faisant au moins le brouillon tout de suite, et en entier, profitant de
l’excitation, en écrivant d’abord tout, tout d’un trait."
"Il faut écrire avec le feu, et pour écrire avec le feu,
il ne faut pas que ce que l’on écrit soit une besogne il faut l’écrire dès que
l’idée vous en vient dans la chaleur, l’excitation, la vivacité d’esprit, le
plaisir enfin que produit, chez l’écrivain, l’idée de telles ou telles pages."
"Je l’écris avec conviction, avec plaisir : c’est la
dernière qualité d’un livre que d’être bien écrit."
"Chez France [Anatole], c’est de la littérature. Toute
personne qui sait ce que c’est que d’écrire sentira ce qu’il fait, ce qu’il y a
qui fait que c’est de la littérature. La phrase a passé dans le moule
littéraire. Chez Stendhal, c’est le sentiment exprimé tout nu, spontanément, tel
qu’il vient d’être éprouvé."
"Savoir écrire bien en écrivant mal, c'est-à-dire sans
recherche, ça à l’air d’une plaisanterie… Être arrivé à pouvoir écrire comme
Flaubert, ce qui, du reste, est à la portée de tout le monde, il n’y faut que de
la patience et alors faire le chemin en arrière, désapprendre en quelque sorte."
"Valéry disait : « quand il pleut, dites, il pleut. A
quoi suffit un employé. ». « Vive l’employé. »."
(23/10/2009)
La Quinzaine littéraire fête son numéro 1000. Faites le calcul :
deux numéros par mois, ça fait depuis la fin des années soixante qu’elle existe.
Autour d’elle et de Maurice Nadeau, son fondateur toujours actif, une petite
équipe de passionnés se réunit, des fidèles qui vérifient à chaque numéro que le
temps n’a aucune prise sur la chose écrite : des mots toujours, et rendre compte
de cette actualité, s’étonner de voir comment elle évolue, mais surtout lire et
sans la moindre compromission, c’est la règle. Pour ce numéro 1000, sans
sacrifier aux comptes-rendus littéraires, la Quinzaine a eu la bonne idée de
demander à chacun de ces collaborateurs un article, forcément passionné où « ils
disent pourquoi elle leur est chère » comme c’est indiqué sur la couverture.
Je suis abonné depuis quelques années, très peu en fait, mais je le renouvelle
toujours avec un plaisir impatient pour la joie de recevoir tous les quinze
jours dans ma boite aux lettres ce format de quotidien au papier rêche, à la
pagination austère et aux rares couleurs passées. C’est aussi cela son charme.
Bien entendu, j’en ai répandu un peu partout dans la maison, sur des chaises,
des étagères, des rebords de fenêtres, au pied du lit, et,
quand je m’attelle à leur rangement, cela me prend un temps infini : il y a
toujours un titre qui m’attire, un article que je relis. Les numéros ainsi
archivés sont enfilés dans un pouf marocain couleur mandarine
en cuir de chameau acheté à Fez (voyage effectué du 25 mars au 3 avril
2006, voir en Webcam). Je n’ai pas trouvé de meilleur
endroit et l’assise du siège devient à force très rigide grâce à
ce rembourrage culturel.
Donc, presque en plein milieu de ce numéro 1000, à la vingtième page de ce
numéro qui en compte 48, Norbert Czarny, collaborateur régulier depuis 1985, a
rédigé un hommage intitulé « l’intime, l’universel » (sorte
de pendant inverse à « L’excès l’usine » de Leslie Kaplan ?)
dans lequel il exprime son attachement. Et, presque en plein milieu de cet
article, contre la reliure et à mi-chemin des deux agrafes qui
maintienne ce numéro 1000, on trouve cet extrait :
« S’appliquer pour promouvoir une certaine idée de la prose en France ne me
semble pas un vain effort, n’en déplaise aux Cassandre et autres pleureuses qui
annoncent la mort de la littérature française avec autant de fatuité que de
témérité. J’ai eu la chance de lire – au hasard – Daewoo de François Bon,
Equatoria de Patrick Deville, Un soir au club de Christian Gailly,
mais aussi Tanguy Viel, Maryline Desbiolles, Jean Rolin, Philippe Forest,
Thierry Beinstingel, Hervé Guibert, Laurent Mauvignier. J’arrête là : vingt
autres noms suivent.
Quoi de commun entre tous ? D’abord l’idée que le roman n’est pas un genre
congelé dans les grosses armoires de quelques éditeurs paresseux, mais une forme
mouvante inventive (tiens, Queneau !), une forme qui amène à explorer le monde
en commençant par le tiroir de la cuisine ou les pensées incertaines d’un homme
dans sa quarantaine (tiens, Christian Oster !), une forme qui déchire le voile
des apparences, et nous touche. Une forme aussi imprévisible que la phrase sur
laquelle elle se construit. »
Il n’y a rien a ajouter, sauf une grande fierté. Et en plus, la couverture de ce
numéro 1000 a été réalisée par Jacques Monory : mais comment ont-ils su que
c’est un de mes peintres préférés ?
(14/10/2009)
L’article de l’Huma a eu aussi comme conséquence un appel bien
sympathique de mon éditrice. Et la question sous-jacente de savoir si j’avais
une écriture en cours. Réponse : rien de précis même si je sens l’écriture qui
me titille. J’ai bien commencé au moins dix bouts de récits depuis dix mois,
tous abandonnés aussitôt, sauf un laissé en plan au trois quart, un vrai roman.
Mais le caractère fictionnel de l’écriture me gène. Je sens qu’il faut qu’il y
ait en ce moment une base de vécu solide. Que l’écriture transcende que ce qui
est raconté. Qu’elle devienne au sens propre extraordinaire, sortie de
l’ordinaire des jours. Tout cela me semble aller vers une authenticité qui me
convient. Et c’est ce que j’ai pratiqué le plus souvent jusqu’à présent.
Cette réalité de l’écriture, sa formalisation en pages piétine, elle ne se
résume que dans cette vague intention et je connais trop la réalité de
l’expression : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Attendre, ne pas être
pressé, ne pas brûler les étapes. L’important est que l’écriture ne me sorte
jamais de l’esprit. Côté bousculade, il faut dire que mes recherches
universitaires ont pas mal accaparé le temps de l’écriture (ce n’est pas fini,
il me reste un mémoire à rendre vers novembre). Les mises à jour de Feuilles
de route m'occupent aussi, mais ce ressac de toile
web est important car il constitue un socle d’écriture et de réflexions,
comme celles que je tente de développer ici.
Neuf ans après mes premiers livres, une sorte de vague structure semble s’être
dessinée, des centres d’intérêt plutôt, l’écriture du travail avec Central,
Composants, CV Roman, les racines provinciales avec La Réserve,
Paysage et portrait en pied de poule ou Bestiaire Domestique,
l’attrait de la réalité historique pour l’isolé 1937 Paris-Guernica. Mais
ce n’est qu’un angle de vision. René Fallet avait classé ses romans en deux
catégories, les gais et fanfarons dans la veine Beaujolais et les mélancoliques
ou amoureux dans la veine Whisky. De la même manière, disons que la veine du
bonheur c’est Bestiaire Domestique et que j’aurais bien envie de
continuer là dedans en homme heureux que je suis, dans une série
similaire de nouvelles fédérées par un thème bien précis, peut-être la musique.
On verra si ça tient à l'usage. Disons aussi que je n’en ai pas terminé
avec l’écriture du travail, je le sens. Qu’est-ce qui sortira de toutes ces
pensées, il est trop tôt pour le dire. Je sens pourtant au bout de mes doigts le
fantôme encore invisible d’un petit carré de feuilles en train de se construire.
(30/09/2009)
Suivre à la trace Paul Léautaud est une chose facile en
apparence : soixante ans d’un journal souvent suivi quotidiennement donnent
l’illusion de l’accompagner jusque dans les moindres recoins de sa vie et de sa
pensée. De plus, les entretiens radiophoniques qu’il a délivrés sous l’habileté
amicale de Robert Mallet au début des années 1950 apportent un écho sonore à
cette abondance de plume. Comment ne pas relier son rire haut perché,
sarcastique et amusé avec les moqueries littéraires ou les épisodes polissons
qu’il se plaisait à raconter dans ses écrits ? En
réalité, cette profusion révèle beaucoup plus la personnalité complexe de cet
écrivain. Elle éclate en contradictions, en une multitude de personnages à la
fois sympathiques ou irritants. L’employé du Mercure de France, le
travailleur acharné est sans doute celui qui parcourt le plus son œuvre : tout
pour la littérature. Entré par la petite porte au sein de la prestigieuse revue,
il a côtoyé le monde des lettres dans sa liberté de
modeste secrétaire, pas ambitieux pour deux sous mais
devenu au fil des années un personnage incontournable. Et c’est cette franchise
de ton et de parole qui forme un autre personnage, tout aussi sympathique : il
dit ce qu’il pense, il brocarde, ne fait jamais de ronds de jambe, c’est un
esprit libre. Le solitaire compose un troisième personnage. Délaissé par sa mère
et son père, il a dû gagner se débrouiller très tôt pour gagner sa vie,
célibataire endurci, il n’a enrichi son existence qu’à travers ses rencontres au
Mercure ou à l’occasion de son insatiable curiosité. Écrivain, incapable
d’imagination, il puise dans les événements de sa vie pour décrire parfois
férocement ce qu’il voit, entend, ressent, au mépris des conventions : la
rencontre avec sa mère à Calais et c’est Le Petit ami, la mort de son
père dans In Memoriam est un modèle d'observation,
ses aphorismes dans Amours
montrent son refus de tout
sentimentalisme. Original, son indifférence de
toute convention lui a souvent joué des tours. Toujours habillé
de bric et de broc, il s’est fait un jour refoulé dans une manifestation
littéraire, on l’avait pris pour un clochard avec son cabas et ses charentaises.
Mais il a d’autres aspects moins sympathiques. Misogyne et convaincu de
l’infériorité des femmes (ces « créatures » comme il disait), cela ne l’a pas
empêché d’avoir toujours été bien entouré
de l'amitié de femmes célèbres comme Marguerite Moreno, Colette, Marie Laurencin
ou Fernande Olivier, qui fût la maîtresse de Picasso. Antisémite
moins virulent que Céline, il trouve que les lois contre les
juifs vont trop loin dès le début de l'occupation. Préoccupé beaucoup
plus du sort des animaux que des hommes, il a recueilli des centaines de chiens
et de chats à son domicile. Habitant d’une maison sans ménage,
parmi "des berceaux de toile d'araignées" selon le témoignage de Robert Mallet,
il a du passer pour un personnage peu ragoûtant. Casanier, il a horreur de la
nature et des voyages, malgré quelques escapades à Pornic accompagné de son
amour du moment, surnommé « le fléau » ! On peut ajouter à cette série le
personnage qui vit hors du temps, écrit à la plume d’oie, s’éclaire à la bougie,
refuse la moindre évolution de la langue française, le lecteur passionné de
Stendhal. Revêtu de tous ces rôles, il fait le lien entre un siècle qui a vu
s’installer le prestige de la littérature française, la modernité et les
soubresauts guerriers de la première moitié du XX° siècle. C’est finalement rien
qu’une vie d’homme avec ses courages et ses lâchetés qui est exposée dans son
journal et dans ses entretiens. Tous ses personnages
rassemblés donnent l’impression d’un type qui fut heureux. Et c’est peut-être
cette image du bonheur que nous recherchons avec Paul Léautaud, au-delà de tous
les rôles qu’on lui donne, au-delà de tous les artifices.
(18/09/2009)
Je reviens sur Flaubert et sur ma note d’écriture de la semaine
dernière. Je ne voudrais pas que ce que j’ai écrit soit compris comme une
galéjade gratuite, une manière de faire l’intéressant à vilipender ce qui est
généralement admis comme une œuvre. En d’autres temps, on aurait dit «choquer le
bourgeois », ce que, par ailleurs, je serais bien en mal de faire, puisque force
est de constater que ma vie, mes sentiments relèvent du registre
«petit-bourgeois » – autre expression qui connut son
heure de gloire aux alentours de soixante-huit – et tombée dans la désuétude de
la gauche bien pensante.
Bref, là n’est pas le propos, mais celui de revenir sur L’Éducation
sentimentale ou sur Le Rouge et le noir, dont la lecture obligatoire
a empoisonné mon adolescence. Il aurait donc fallu que je sois sensible à cette
prose, en quelque sorte ignorant des préoccupations à mille lieues de cette
préciosité. Ignorer donc à quatorze, quinze ou seize ans, nos stupides
ricanements de garçons et les gloussements des filles à l’évocation de « Sa robe
de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux ».
Vêtus de jeans effrangés – c’était la mode - nos premiers émois étaient
tellement différents de ceux de Frédéric regardant sa dulcinée. Mobylettes à la
sortie (j’en avais une orange avec clignotants), bousculades et rires, tout
était prétexte à oublier les heures sages et longues où Julien Sorel se
demandait pour la millième fois entre deux chandeliers tremblants et dans la
torpeur d’une sonate au piano s’il allait saisir la main de Madame de Rênal. Il
aurait fallu être un esprit bien tortueux, bien en dehors de son époque (je me
souviens d’un camarade de classe à pantalon tergal, cheveux ras et béret), à
l’écart du monde, donc, pour apprécier cette éducation sentimentale que nous ne
demandions pourtant qu’à apprendre. Floués par le titre, les quatrièmes de
couverture aguichantes, trompés par les professeurs - qui savaient pertinemment
que nous nous ennuierions – nous avons suivi le jeu d’une institution et de
quelques barbes blanches, peut-être persuadées que nous finirions par encenser
la quintessence du roman français (et nous aurions été à leur place - certains
d’entre nous y sont d’ailleurs - nous aurions fait de même). Dès lors, comment
ignorer qu’à part une très petite partie touchée par la grâce, nous nous soyons
réfugiés dans les préoccupations bruyantes de nos âges. Bien sûr, que nous
ressentions aussi pour une brune ou une blonde à visage d’ange le même émoi que
Frédéric, mais la brune ou la blonde était en pantalon, s’essayait à fumer des
cigarettes au café, se répandait à bruits nombreux entre les Rolling Stones et
le crépitement du flipper. Et l’année passait si vite : il aurait fallu plus de
temps. L’Éducation sentimentale avait duré un trimestre et c’était
suffisant sans doute d’après les consignes de l’éducation nationale. Notre
éducation tout azimuth, donc, avait laissé se succéder
les devoirs et les petites amies en moins de temps qu’il en
avait fallu pour que Julien Sorel se décide enfin à saisir la main de
Madame de Rênal. Frédéric et la robe de mousseline à petits pois seraient de
même bien vite oubliés. Bientôt, il ne subsisterait que l’ennui des heures
perdues, le titres des livres et des jugements péremptoires : L’Éducation
sentimentale, Le Rouge et le noir, qu’est-ce que c’était rasoir ! Il
aurait fallu reprendre un peu plus tard, à l’âge adulte, quand la frénésie était
un peu moins grande mais souvent la torpeur ressentie autrefois empêcherait la
relecture. Pour autant , faut-il ignorer Flaubert au collège ? Stendhal au lycée
? Non, bien sûr, il faut laisser ouvert l’accès à ce Panthéon littéraire, savoir
a minima retrouver dans nos mémoires les titres et pour le reste s’en remettre
au hasard qui fait bien les choses. Un jour, je relirai peut-être avec délices
les aventures de Frédéric. Et si je redécouvre Le
Rouge et le noir, Julien Sorel, dont Julien Gracq avait choisi le prénom, me
semblera sans doute moins gourd.
Le hasard donc. Pour moi, à l’époque du collège (en quatrième ?), il prit la
forme d’une matinée de fin juin. Nous n’allions plus guère en cours, c’était
permis. Un professeur de français, hurluberlu que nous estimions peu, dépressif
et souvent alcoolisé, a sorti un livre de son cartable : je vais vous faire la
lecture, a-t-il dit de sa voix hésitante. Les trois-quarts de la classe sont
sortis en rigolant, trop contents de cette aubaine et je ne sais toujours pas
pourquoi je suis resté jusqu’au bout de la lecture qui a duré deux heures. D’un
ton atone, il avait commencé ainsi : « Aujourd'hui, maman est morte. Ou
peut-être hier, je ne sais pas. ».
(11/09/2009)
J’ai eu récemment une discussion très intéressante sur Flaubert,
Stendhal et autres classiques du siècle d’or du roman. Comme je rapportais
l’opinion de Paul Léautaud qui estimait plus Stendhal que Flaubert, mon
correspondant m’a opposé l’auteur de Madame Bovary comme un styliste hors
pair, jugement définitivement admis par tous : on ne s’attaque pas a un tel
élément du patrimoine des lettres françaises. En réalité, Stendhal ou Flaubert
m’indiffèrent de manière égale, voire provoquent en moi une franche hostilité :
Stendhal, responsable de mon ennui de lycéen à la lecture des aventures timorées
de Julien Sorel et Flaubert, parce qu’il est l’archétype de l’écrivain
inattaquable. Réaction sans doute excessive et peu argumentée, je le reconnais :
j’avais la même pour Proust et j’ai appris à apprécier un peu plus le bougre
depuis. Flaubert m’a récemment encore plus enquiquiné : sommé de répondre à un
examen oral lors d’une épreuve de Master, j’ai écopé d’un extrait de
L’Éducation sentimentale. Résultat, ma note, on ne peut plus médiocre (alors
que sans me vanter, je suis plutôt un adepte des mentions aux examens), montre
la hauteur du supplice qu’on m’a imposé. C’était avant l’été, je n’y avais plus
repensé, mais, du coup, sommé très
justement par mon correspondant d’expliquer, preuve à
l’appui, ma piètre opinion sur Flaubert, que je trouve « convenu » et « balourd
», selon mes propres mots, j’ai retrouvé cet extrait de L’Éducation
sentimentale qui m’a si peu réussi.
Voici donc la prose de Flaubert :
" Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua
personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il
passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand
il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au
vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands
sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de
sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à
plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit,
son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de
gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son
ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la
rivière.
Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa
taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait
son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels
étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les
meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle
fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une
envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.
Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une
petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait
de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage,
quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui
pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces
choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.
Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des
îles cette négresse avec elle ?
Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le
bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les
soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans !
Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans
l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit : "Je vous remercie,
monsieur."
Leurs yeux se rencontrèrent."
Et voici l’argumentation que j’ai défendue.
On ne peut bien entendu rien reprocher au style. Mais il me semble qu'on peut
reprocher au romancier d'amener une situation courue d'avance (donc convenue) :
on sait, dés la mise en place de l'apparition, ce que va
raconter narrateur. L'excès de détails rend le contenu
balourd, me semble-t-il : attention, je ne dis pas qu'il n'existe aucune
possibilité pour le lecteur de laisser voguer son imagination. Et c'est
justement cette possibilité qui me gêne. Le lecteur est conduit à penser comme
l'explique le narrateur, il est guidé dans les interstices
qui ne sont pas décrits, on le conduit au fil d'une
pensée logique et irréprochable, on le prend pour un gros naïf. Si
Flaubert a été décrit comme un Maître du détail, on peut penser à Claude Simon
et à ses descriptions extraordinaires. Cependant, il faut lire une description
de Claude Simon (par exemple le début de L'Acacia) pour sentir
l'enfermement dans lequel il place le lecteur. C'est l'inverse
de Flaubert : le lecteur n'est pas ménagé dans la facilité. Son plaisir, il le
prend dans le manque d'air. C’est cela qui me convient. En temps que
lecteur, je ne veux pas être baladé, je n'aime pas cela qu'on vienne me tirer
par la manche tous les trois mots pour me dire, vous avez vu comme c'est joli ce
que j'écris là. Claude Simon ne l’a jamais fait : la situation qu’il apporte est
extraordinaire par elle-même et fabrique sa propre force quand Flaubert se
contente d’un aplat descriptif.
Je reconnais que l'usure du temps a favorisé les impressions de déjà vu qui se
sont succédées depuis Flaubert et les auteurs du XIX° siècle, le style passé
simple, l'utilisation forcenée des adjectifs (et pourtant dieu sait si j'en
utilise aussi), les innombrables recopiages de ce romantisme éculé donnent
forcément un goût de série Arlequin dans l'expression finale "Leurs yeux se
rencontrèrent." Mais au-delà des situations dignes de romans pour midinettes, le
style même me semble imparfait. Prenons l’exemple "Sa robe de mousseline claire,
tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux". Tout me gène dans cette
phrase, la scansion des adjectifs, le choix bancal du verbe "se répandait",
l’assurance finale et sans appel de l’affirmation. C’est sans doute difficile à
expliquer mais je ne pourrais jamais écrire une telle phrase sans
rigoler, sans avoir l’impression d’être un imposteur, de
prendre le lecteur pour un gogo, bref, de lui manquer de respect. Je trouve
cette phrase de mauvais goût, comme un petit taureau en plastique marqué
souvenir d’Espagne et posé sur la télévision, c’est ainsi. Peut-être aurais-je
écrit quelque chose d'impersonnel en deux ou dix pages pour traduire cette
vision que dépeint Flaubert, je ne sais pas trop comment, peut-être une histoire
de tissu que le soleil rendait presque indéfini, une sorte d'impossibilité
lumineuse de deviner le moindre détail dans la trame, un éblouissement tel qu'on
ne sache si le ravissement tenait à l'apparition où simplement au moment dans
une sorte de hors temps, enfin, bref, un truc où je laisserais planer une
incertitude visuelle, où je ne tenterais pas de donner un jugement définitif au
lecteur. Si je veux être affirmatif, je le fais de la façon suivante comme les
premières lignes de Bestiaire domestique : « Il y a l’escalier de fer qui
descend de la cuisine. Il y a les remontées claquantes des marches pour
reprendre un bout de pain, une barre de chocolat. Il y a la cour sèche de l’été,
les vieilles flaques transformées en poussière. Il y a la grand-mère paraissant
sur le seuil, les conciliabules entre cousins, les vantardises avec les
voisines. Il y a les cochons. » Évidemment que c’est réfléchi, la manière de
débuter par la litanie des « Il y a » mais j’ai l’impression de ne pas brusquer
le lecteur ainsi, de ne rien lui imposer dans cette manière impersonnelle de
débuter mon récit, et pourtant, je place mon paysage descriptif comme cela, par
petites touches, de façon précise et certaine. C’est à rapprocher de Pierre
Michon débutant son Rimbaud le fils par cette incertitude : « On dit que
Vitalie Cuif, mère de Rimbaud ». Bref, toute la différence d’appréciation se
résume ainsi entre le roman type XIX° siècle et le Nouveau roman. Du coup, j’ai
envie de relire L’Ère du soupçon de Nathalie Sarraute pour l’impression
qui m’en reste et qui pourrait se résumer par : un écrivain ne peut plus
convoquer le lecteur qui s’est enfilé bouche bée toutes les fadaises romantiques
en feignant de l’ignorer. Les traces que m’ont laissées dés le collège Stendhal
et Flaubert, je ne suis certainement pas le seul à les avoir éprouvés et
pourquoi cette opinion serait-elle haïssable ? Pour moi, la scène inaugurale de
L’Éducation sentimentale évoque une de ces vignettes des romans photos
"Confidences" et "Intimité », ancêtres illustrés des histoires à l'eau de rose
d'Arlequin que Flaubert a initié et que lisait ma mère les lundis en faisant la
lessive dans la cuisine. Bref, cette odeur de lessive est immanquablement
associée à cet extrait. Je traîne sans doute des tonnes d'histoires personnelles
et de frustrations inconscientes pour ne pas arriver à encenser Flaubert mais
nous avons tous des réticences. Ainsi, le style « balourd » et « convenu » que
je lui prête est en grand rapport avec l’odeur de lessive d’une époque où la
machine à laver était un produit de luxe, au milieu des années soixante et où la
voix d’Édith Piaf rebondissait sur les parois de zinc du bac à lessive chauffé
sur une cuisinière à bois. Et moi au milieu de tout cela.
Bien entendu que, du haut de mes sept ou huit ans, je trouvais ce
style de romans photos convenu et balourd. A savoir comment j’ai
transféré cela quelques années plus tard sur mes lectures de collèges et sur
Flaubert, je n'ai pas la moindre idée du cheminement.
Finalement, le grand drame de Flaubert – et il n’y peut rien – c’est d’avoir
laissé s’entasser 150 ans de lecture derrière lui, bref, une usure inimaginable
dans l’encensement figé dans lequel on le tient ; usure à laquelle je rajoute ma
petite vie minuscule comme dirait Pierre Michon. Et mon argumentation même si
elle ne se défend pas aussi bien que celle de la doxa universitaire ne
parviendra pas à exprimer autre chose que cette répulsion d’un temps qui
n’avançait pas aussi vite que je l’aurais voulu.
(04/09/2009)
J’ai laissé tomber depuis un bout de temps déjà (2004 ?)
l’Association des écrivains de Haute-Marne dont j’étais secrétaire puis, en
dernier, vice président. Non par désintérêt, j’ai toujours ma carte de membre
adhérent, mais par désir de passer à autre chose. Notons
que cette docte association compte très peu d’écrivains à compte d’éditeur. Le
plus prestigieux d’entre eux est Jean Robinet, d’ailleurs membre fondateur mais,
à bientôt 97 ans, gardé par trois nounous qu’on nomme auxiliaires de vie, il a
forcément laissé tombé toutes ces activités. D’autres se sont distingués par des
publications universitaires, historiques, certains ont connu leur heure de
gloire par la publication de poèmes, mais force est de constater que cette
association n’a d’autre raison d'être que de représenter
quelques passionnés de lecture, coincés
dans notre maigre coin de province.
Rendons hommage, malgré tout, au
dynamisme de certains de ses membres,
désireux de donner un peu de vie régulière à cette assemblée.
Par exemple, l'organisation ou la participation à
quelques salons du livre. Je n'ai pas d'aversion pour ce genre de manifestation,
il m'est indifférent de m'asseoir derrière une table devant une pile de mes
livres en attendant le chaland. Les foires qui mêlent livres, produits
gastronomiques et artisanat me sont encore plus sympathiques car elles tendent à
faire tomber la chose écrite son piédestal. Je me souviens avoir vanté à la
criée mes livres dans un marché de légumes parmi d'autres bonimenteurs de
légumes. Bref, tout ce qui est populaire me ravit (et c'est pourquoi je serai
encore au Village du livre de la fête de l'Huma dans quinze jours) et tout ce
qui est guindé me barbe, genre ronds de jambes entre auteurs, de préférence
célèbres, bons mots et autres intellectualismes de pacotille. Pour en revenir à
notre association, elle participe depuis deux ans au salon du livre
Méditerranées de Chaumont, dont ce sera la septième
édition en novembre prochain. J’ai accepté d’y aller,
histoire de m’impliquer un peu plus dans cette vie locale, mais, comme son nom
l’indique, Méditerranées présente une littérature
très exotique pour les paisibles vaches laitières de nos prés embrumés.
J’ai donc vaguement émis l’idée que je pourrais évoquer mes carnets de voyages
qui ont tout de même franchement glissé vers le Moyen-Orient depuis quelques
années. Mais enfin, une présentation spécifique devant avoir lieu sur ce thème,
il y a matière à ouvrir une belle discussion sur les différences entre le Yémen,
l’Iran, le Maroc, l’Égypte ou la Tunisie, voire pourquoi pas Naples, Venise, la
Sicile. Finalement, en reprenant mes Feuilles de route qui sont les
supports essentiels de ces carnets de voyages essaimés
dans les rubriques, je me suis aperçu qu’il y avait matière à extirper
pas mal de choses du « touriste de
base » que je revendique fièrement. Premier étonnement : j'ai
fait le compte, depuis qu’existe ce site, en neuf ans donc, c’est
vingt-trois voyages que j’aurais effectué hors des frontières métropolitaines. A
suivre …
(26/08/2009)
"C'est une impression que j'ai quelquefois que les Goncourt
ont dû avoir, à écrire leurs livres, plus de plaisir que nous les nôtres. Ces
descriptions de quartiers, d'intérieurs, de costumes, ces notations de couleurs,
de langage, d'habitudes, les types particuliers d'hommes et de femmes qu'ils ont
peints, leur sens extrême de tout ce qui compose la beauté, le charme, l'attrait
d'une femme dans les plus menus détails physiques, toute la fantaisie et la
curiosité de l'un et tout le savoir de l'autre. Les livres d'aujourd'hui, à côté
des leurs, ont un air de besognes de bureau"
Journal de Paul Léautaud, le 6 janvier 1900.
(31/07/2009)
Petit point sur les affaires littéraires en cours : ça ne va pas
me mener loin. Le manque de temps m’a contraint ces dernières semaines à une
inactivité d’écriture. Vie de VRP pendant quinze jours sur les routes de
Picardie (j’ai fait des photos, on en reparlera) mais c’était plutôt une bonne
chose ce surcroît d’activité, je commençais à m’ennuyer au boulot. Et puis tout
ce qui débarque en juin et qu’on n’avait pas anticipé, la fin des études,
déménager de Dijon l’un des enfants, réaménager la cuisine de l’appartement de
Paris, tout cela entrecoupé des dernières mises au point universitaires de ma
propre vie estudiantine, mélangé avec les milliers de tâches habituelles et
ménagères dans la maison principale, jardinages et autres et même une panne de
voiture un jour férié, histoire de compliquer la mise. Tout ça
prend du temps. Bref, on se retrouve un mois plus tard après la dernière mise à
jour en se disant que non, vraiment l’écriture n’a pas beaucoup avancé. Quelques
touches sans importance, quelques raccords ici et là mais pas le frémissement
d’un grande œuvre à venir... Tant pis. Plus j’y pense et
moins je ne me sens l’âme d’un écrivain professionnel, Musso et Levy sont à
mille lieues, même si la couverture de Bestiaire
domestique les évoque vaguement. D’ailleurs ce Bestiaire aura eu très
peu de presse : un peu au plan local car je suis le régional de l’étape comme on
dit en ces jours de Tour de France qui étaient chers à René Fallet mais presque
rien au niveau national, hormis Le Magazine des livres qui me place dans
les cinq livres à lire absolument cet été ! Ce dont je suis évidemment très fier
: comment, vous n’avez pas encore votre exemplaire pour la plage ? Pas
professionnel pour deux sous. Je pensais d’ailleurs à Beckett : je dois avoir le
même volume de vente qu’il avait avant Godot, cinq cent exemplaires pour ces
premiers livres, mais lui était un vrai pro : c’était sa vie et la mienne est
sans doute plus partagée, pas forcément dilettante mais plus fractionnée. Ce qui
me laisse augurer de la suite de mon parcours littéraire, un approfondissement,
un sillon patient au gré de mes obsessions, lubies et autres libertés.
Finalement, c’est un beau programme, sérieux et opiniâtre.
(19/07/2009)
En hommage à Jean Robinet à qui j’ai rendu visite il y a huit
jours au seuil de ses quatre-vingt seize ans « et demi »
(m’a-t-il fait remarquer), voici un extrait de sa dernière chronique, parue
dimanche dernier :
« - Mais vous êtes écrivain, me dit-on quelquefois.
Oui, je rédige ces chroniques et j’écris, mais qu’est-ce que cela signifie ? Je
revendique cet état, je suis un paysan qui écrit, c’est tout.
Un auteur connu, qui a travaillé la terre, m’a dit un jour que s’avouer paysan
portait préjudice à l’œuvre. Pour ma part, je n’ai jamais renié mes origines ni
mon état par souci de carrière littéraire, ni pour toute autre raison. Je n’ai
d’ailleurs pas l’impression que cela m’ait jamais fait tort. Et si, auprès des
pédants, le fait d’avoir labouré, semé, moissonné, pansé le bétail me diminuait,
je ne vois pas là beaucoup d’importance. En aucun cas, ça ne saurait m’affliger."
(26/06/2009)
Suite de l’écriture calme plat que j’évoquais, il y a quinze
jours : rien de plus, hormis une petite nouvelle que j’ai écrit bizarrement sur
injonction de mon attachée de presse. Enfin, injonction est un bien grand mot,
disons qu’au téléphone, à la question « et vous, où en
êtes-vous ? », je me suis sentis bafouilleur, un peu honteux de n’avoir rien
produit depuis longtemps. Bref, le lendemain, en quelques heures, j’ai bâti une
petite nouvelle, rien que pour sentir à nouveau l’encre couler dans mes veines,
appréhender le souffle des mots posés en petites foulées. Tout comme la
sociologie est un sport de combat, dixit Bourdieu, la littérature est un
exercice d’endurance. La tentation est tout de suite de se demander vers où on
va, vers quel livre, tout comme dans le Marathon, on tente d’estimer dès le
premier kilomètre quelle performance on fera au bout de quarante-deux. Si je
continue à comparer l’écriture et la course à pied, ma lenteur est telle en
course à pied que ma seule joie est de percevoir dans les bons jours comment ma
mécanique fonctionne avec la régularité d’un diesel increvable, du moins est-ce
la sensation physique que j’éprouve. C’est cette perception que je tiens à
garder dans l’écriture, peut-être l’idée de la simple maîtrise, en tout cas, il
faut éloigner l’idée de la performance finale, est-ce que ça donnera un livre,
par exemple.
(17/06/2009)
En ce moment, l’écriture c’est calme plat. Non qu’il n’y ait
rien, où plutôt, si, il n’y aurait pas grand-chose dans la définition classique
d’aligner une suite de signes, hormis deux articles de commandes (dont je suis
très fier tout de même), quelques aboutissements de réflexions universitaires et
des empilements de Feuilles de route. Bref, cette tranquillité active,
c’est tout de même suffisamment de matière tout de même pour que cette suite de
signes, paragraphes, pages, ressemble à quelque chose de conséquent et
d’aliénant pour ma propre écriture. Je suis donc dans cette phase bien connue ou
de vagues idées remuent quelques vaguelettes, un calme plat, l’eau d’un lac
qu’un vent faiblard agite en rides effrontées. Trois projets donc, forcément
tombés à l’eau, c'est-à-dire traînant par-dessus bord comme une bourriche
accrochée à une barque et contenant trois maigres alevins dont un ou deux sera
rejeté sans autre état d’âme que celui de les voir s’éloigner sur l’onde, ventre
en l’air. Il devrait quand même rester quelque chose, une odeur d’écaille
persistante sur les mains, une sensation qui préfigurera le livre nouveau, dans
un ou deux ans. C’est cela qui m’intéresse pour l’instant : comment distinguer
dans cette incertitude, la chose concrète qui naîtra, tas de feuilles réunies en
briquette ou fichier immatériel d'e-book puisque telle
est la tendance, peu importe pourvu que ce soit ce petit miracle de la lecture
capable de fabriquer du temps. Bref, on perd d’abord du temps à élaborer en
rêveries la chose confuse d’un livre, on la réalise en
signes alphabétiques, toute une saison de pêche qui ne sera plus qu’un souvenir
au moment ou toi, lecteur futur, prendra ce livre d’avenir entre tes doigts pour
restituer à nouveau ce temps, jeter en l’air les minutes de ta lecture sans que
je n’en sache rien, ni le moment, ni les circonstances (et c’est en cela que
l’écriture tient du miracle). Mais ce n’est pas ce que je voulais aborder : je
voulais sentir dans ce qui n’est encore qu’une incertitude quels sont les
moteurs qui forcent les doigts à taper sur le clavier, à prolonger ces pensées
confuses. Fragments du bonheur : l’expression vient de suite et me semble
résumer ce que j’entrevois depuis Bestiaire domestique. Animaux comme
prétextes, au sens propre comme au figuré, de quelque chose de plus global,
la vie détails dans
le décor, comme dirait Philippe Annocque ou
l’écrivain comme
intermittent du désastre, selon François Bon. En réalité, cette proximité
entre l’existence, destinée, chance, bonne fortune ou hasard, fatalité et
providence me semble résumée, aimantée en bonheur, dans toutes ses déclinaisons
possibles, ravissement à la Marguerite Duras, enchantement de Merlin, paradis de
Dante, extase, béatitude, délices. Quel que soit l'enjeu, je veux être un homme
heureux, chantait William Sheller. Je crois être doué pour le bonheur. Loin de
moi pourtant un contentement béat, idéal, pétri de bons sentiments, donneur de
leçon, mais le bonheur comme force égoïste, énervante, sans aucun rapport
d’ailleurs avec les évènements, même tristes, on a tous notre lot de décès,
séparations brutales, plutôt donc une succession de flashs photographiques, des
tropismes aurait dit Nathalie Sarraute. Je me souviens avoir été surpris lors de
l’interview d’un écrivain : il en résultait que l’écriture d’un auteur qui
n’avait pas suffisamment souffert ne pouvait être que peu digne d’intérêt et
inutile. Petitesse, pauvreté et platitude du bonheur. Prétention vaine : je
revendique cette banalité, cette modestie..
(05/06/2009)
Il y a cette histoire avec mon entreprise qui défraie
l’actualité : un client s’est vu attribué un mot de passe raciste pour son
abonnement Internet suite à quelques déboires téléphoniques avec sa hotline.
Sans préjuger de ce qui c’est passé, ça me rappelle une anecdote qui m’a
directement concerné, il y a quelques années. Je dirigeais alors un service qui
s’occupait, entre autres, des nouveaux abonnés. Lors de la parution à
l’annuaire, un client a eu la surprise de constater une mention qui concernait
la relation un peu sèche qu’il avait eue avec notre service. Sans toutefois être
injurieuse, la mention devait préciser sous son adresse et son numéro de
téléphone, un truc du genre « client difficile ». Vous imaginez sa réaction à la
lecture de l’annuaire ! En réalité, la personne qui s’était occupé de lui avait
simplement voulu laisser une trace dans son dossier informatique pour prévenir
d’autres interlocuteurs futurs qu’il valait mieux prendre des gants et le temps
de bien lui expliquer. L’attitude plutôt professionnelle et non diffamatoire de
notre employée a été reconnue et l’histoire s’est arrêtée là. En revanche, ce
qu’il y a d’intéressant, c’est de savoir comment cette information avait pu être
intégrée dans l’annuaire. En réalité, un robot informatique venait régulièrement
puiser dans les bases de données des nouveaux clients pour agglomérer les
données d’adresses et numéro de téléphone indispensables. La mention en question
avait été par erreur placée dans un champ informatique de complément d’adresse,
généralement inutilisé mais soumis au traitement de notre robot.
Si j’évoque cette anecdote c’est parce que le communiqué officiel de mon
entreprise laisse entendre que toutes les mesures ont été prises pour que cet
incident ne se reproduise plus, d’une manière technique s’entend… On imagine que
les traitements automatisés seront passés au crible. Priorité à la machine, donc
et c’est justement pour cela que j’inclus cette réflexion en Notes d’écriture et
non en Étonnements. Car c’est bien d’écriture qu’il s’agit, une écriture
machinale (au sens propre), automatique, qui s’affranchit de la présence de
l’homme, une totale anti-littérature, ou un totalitarisme littéraire en quelque
sorte… Et on voit bien jusqu’où peuvent aller les dérives de cette écriture sans
contrôle : à la négation du comportement humain. Plutôt que de s’inquiéter des
dérives racistes et de prendre des mesures préventives il est devenu plus facile
et sans doute plus efficace de trouver un correctif technique de façon à ce
qu’une telle bévue ne se reproduise plus. En extrapolant, on pourrait imaginer
des romans complets écrits sans contrôle, générés automatiquement par des
robots, s’affranchissant de toute intervention humaine. Faites que ce jour
n’arrive jamais.
(29/05/2009)
En réalité bien souvent un texte manque de nervosité par un
excès de précautions oratoires, un sujet mal maîtrisé, la peur de raconter des
âneries. Savoir distinguer pourquoi un écrit avance lentement, nous rebute, ne
semble mou, est déjà la première réflexion à entreprendre. (Ne pas craindre de
fouiller dans sa psychologie profonde, sa petite enfance, défaire des nœuds). On
pourrait penser que ces précautions concernent plus un texte de type
journalistique, universitaire plutôt qu’un texte littéraire où l’élan est porté
par la langue même. En gros, dans un texte littéraire on surfe sur les vagues,
nez au vent, grisé par les éléments (les mots) tandis que le texte
journalistique ou universitaire vogue avec la lenteur d’un cargo. Ce n’est qu’en
partie vrai parce que nous nous sentons plus libre avec un texte de notre propre
invention. Toutefois, à partir droit devant, voile gonflée, on risque de ne pas
être suivi, donc de devenir incompréhensible, c’est pourquoi, il me semble que
ces quelques trucs pour rendre plus nerveux un texte, ces conseils (osons le
mot) de vérification s’appliquent à toute composition.
Les réflexions évoquées ci-dessous sont issus de la correction d’un texte
universitaire.
Principes de base :
- regrouper des paragraphes : un paragraphe = la progression d’une idée.-
examiner chaque alinéa et se demander si on ne peut pas regrouper l’idée avec
celle du dessus.- faire des phrases courtes.
En pratique :
- supprimer les collections d’adjectifs et n’en garder qu’un, voire aucun
- supprimer au maximum les adverbes
- préférer le singulier au pluriel (exemple, dire « le retentissement sur la vie
quotidienne » plutôt que « les impacts dans la vie quotidienne »).
- éviter la globalisation que provoquent les sujets « nous » et « on » qui
laissent un flou et des opinions générales
- éviter les redondances. Chaque texte présente un tic de langage. Par exemple,
dans un texte récemment achevé, le mot « particularité » et tous ses dérivés «
particulièrement »…etc.
- alléger les tournures : par exemple plutôt que d’écrire « c’est ainsi que se
présente l’auteur », préférer « ainsi se présente l’auteur ».
- éviter les lapalissades du genre « Les actions décrites deviennent
impersonnelles dans un mouvement abstrait » alors que l’expression « Les actions
décrites deviennent impersonnelles » est suffisamment compréhensible.
- se poser la question à chaque « et » de la simplicité de la formule. Par
exemple, la phrase « Ces emprunts à la langue professionnelle sont limités et ne
constituent pas généralement l’objet principal du livre. » gagne à être réduite
par « Ces emprunts à la langue professionnelle, limités, ne constituent pas
l’objet principal du livre.». Autre exemple «mener une réflexion de fond et
percevoir les antagonismes » : la première partie de la phrase est à supprimer :
on se doute bien que c’est parce qu’on a mené une réflexion de fond qu’on a
perçu les antagonismes.
- traquer les incohérences de sens. Exemple « l’adhésion large » : est-ce qu’une
adhésion peut-être large, à contrario étroite ?
-éviter les lourdeurs qui commence par il faut, on constate… ; exemple : « Il
faut constater que la langue d’entreprise ne se réduit plus à l’utilisation de
termes techniques » gagne a être remplacé par « la langue d’entreprise ne se
réduit plus à l’utilisation de termes techniques ».
- attention aux négations tarabiscotées. La locution « aujourd’hui plus personne
ne parle plus de… » peut-elle être remplacée par « tout le monde parle de… » ?
- Éviter les phrases introductives qui se terminent par deux points et qui
n’introduisent pas grand-chose. Exemple : « Un autre phénomène actuel de la
langue professionnelle est lié à la perte du sens individuel des mots : dans les
entreprises de production qui prévalaient jusqu’alors… » peut avantageusement
démarrer directement par « dans les entreprises de production qui prévalaient
jusqu’alors… »
- éviter la répétition des compléments de mots. Exemple : « Cette absurdité du
fonctionnement d'un signifiant » est tout aussi compréhensible avec « Cette
absurdité d'un signifiant »
- repérer les phrases qui se rebouclent elles-mêmes ce qui n’ajoute rien. «
L’universalité de cette langue est bien sûr présente à travers les anglicismes
qui renforcent l’incompréhension globale dont elle est porteuse ». Il convient
bien sûr de supprimer le « dont elle est porteuse »…
- simplifier : exemple « l’action de reprendre » s’appelle… « la reprise » ! de
même que l’expression «à la littérarité moins avérée » peut être remplacé par «
moins littéraire » … une « une certaine distance » est plus simplement « une
distance »… etc. « un dialecte étranger dans lequel on peine à pénétrer » est «
un dialecte impénétrable »…
- préférer « remarquable » à « intéressant ». En effet, remarquable conduit à la
remarque qui suit et qui n’implique que son auteur, tandis qu’intéressant
implique plus lourdement le lecteur obliger d’éprouver « un intérêt » pour ce
qu’exprime l’auteur, ce qui n’est pas forcément le cas…
(22/05/2009)
Ça se passe à Chiraz. C’est un bloc de pierre à peine ouvragé en
haut de quelques marches. Mais il y a foule : des passants posent un doigt sur
la surface, effleurent la rugosité de la dalle. Sérieux, pénétrés, ils murmurent
quelques mots, prière, sourate, ou poème. Ce sont de rares hommes solitaires,
quelques couples discrets, des classes entières de jeunes filles qui tournoient
en riant. Au dessus du bloc de pierre, on a bâti un toit circulaire soutenu par
quelques colonnes comme un kiosque à musique. Autour de l’édifice, il y a une
suite de jardins et partout des fleurs : des massifs de roses embaument et quand
il n’y a plus de place on entasse des pots sur le bord des allées, au coin des
marches de pierres. Lorsque les visiteurs ont fini leur hommage sous le
mausolée, ils s’égayent dans le parc, s’assoient sur un banc ou s’arrêtent pour
déguster une glace à la rose : douceur de vivre.
Douceur de vivre mais pour un mort : ici, c’est Khwajeh Chams ad-Din Mohammad
Hafez qui est ainsi honoré. Celui qui fut un des plus fameux poètes persans a
vécu au XIV° siècle et deux cents ans avant Ronsard célébrait les plaisirs de la
vie dans ses ghazals. La traduction est ici inopérante : on en saisit le sens
mais il faut toute la langue farsi pour en apprécier la musique. Le culte dont
jouit Hafez aujourd’hui est certes bienvenu pour la République islamique : son
nom même signifie une personne capable de réciter par cœur l’intégralité du
Coran. Mais il est adulé pour d’autres préceptes moins austères où le vin et
l’amour prennent une place prépondérante. Ainsi : Ses longs cheveux étaient
dans le désordre, son visage était chaud et couvert de/ rosée, ses lèvres
souriaient, son col de chemise tombait légèrement à part / elle chantait une
poésie d'amour, elle avait un gobelet de vin à sa disposition et elle était
légèrement hors de contrôle/ ses beaux yeux étaient belliqueux et ses lèvres
exprimaient des regrets / Elle est venue la nuit passée à minuit à mon chevet et
s'est assise / Elle approcha sa tête à mon oreille et avec une voix douce elle
m'a dit :/ Ah, mon amoureux fidèle, êtes vous somnolent ?
Fleurs du bien à la Baudelaire, on sait étonnamment ici adorer publiquement ce
libertinage. Imagine-t-on réciter par classes entières au cimetière du
Montparnasse, un doigt effleurant sa tombe : « Agile et noble, avec sa jambe
de statue /Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, /Dans son œil, ciel
livide où germe l'ouragan,/La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. »
(17/05/2009)
Petit point sur mon parcours universitaire. Déjà pas mal
d’années que je m’y suis collé à tout reprendre depuis le début dans un cursus
de Lettres Modernes. Auparavant, je n’avais jamais eu l’occasion de dépasser mon
baccalauréat scientifique. J’avais travaillé de suite. Le bac C s’était révélé
bien utile cependant car il avait fini par me mener au gré de concours
professionnels dans des domaines électroniques assez spécialisés à l’heure où
l’informatique commençait à peine à poindre son nez. Tout cela pour dire que je
n’étais pas préparé le moins du monde à l’écriture à part une soif de lecture
cultivée depuis l’adolescence. La veine de l’apprenti-sorcier des lettres
m’avait propulsé chez Fayard en 2000 : du coup, on me demandait mon avis,
j’intervenais parfois dans des facultés avec la trouille de dire quelques
énormités. Je me contentais d’un compagnonnage connu, Claude Simon, Beckett,
Duras : il y a pire… Ma culture générale était cependant trouée comme un vieux
linge : il fallait y remédier. Celui qui a eu la chance de dépasser le
baccalauréat dans la continuité de sa jeunesse ne peut pas connaître le complexe
de celui qui s’est arrêté d’un coup : quelque chose manque, on se sent bête,
inculte. La décision était prise. On en trouve des traces en Notes d’écriture le
20/10/2004, j’avais consigné : « me suis inscrit en Licence Lettres modernes,
sans doute pas assez occupé », je restais dubitatif quant à ma volonté et ma
possibilité d’aller au terme (et quel terme ?). Quatre ans et demi plus tard,
j’arrive à bac+5, je vais présenter les épreuves de Master deuxième année le
mois prochain. Je suis arrivé à tout boucler pour juin tout en continuant à
bosser à plein temps et à publier mon bestiaire : grande fierté.
A regarder le chemin parcouru, ça n’a pas été facile de tout concilier :
s’arracher les cheveux aux premiers devoirs, bosser vite, avoir de la méthode,
laisser pas mal de choses de côté, maison, jardin, bricolage, s’enfermer quand
les oiseaux chantent ou quand on est fatigué. J’ai beaucoup appris, c’est
indéniable. J’ai pas mal réussi et même si je n‘en tire pas une grande gloire,
je me sens désormais beaucoup plus à l’aise dans le milieu universitaire.
C’était le but initial et celui aussi de ne pas vouloir faire les choses à
moitié, question d’authenticité. Ne pas se sentir un imposteur dans le monde des
Lettres. Je sais cette réaction prétentieuse, sans doute stupide aussi. Aller au
bout me permettait d’avoir voix au chapitre, sortir peut-être de la condition
provinciale, fils d’ouvrier et tout ce qu’on peut imaginer comme inepties
sociologiques, pourtant vraies.
Au bout du compte, je pensais m’arrêter à la Licence et j’ai continué deux ans
de plus. On m’offre la possibilité de faire un doctorat, je vais réfléchir mais
trois ans encore juste pour le plaisir ce serait idéal si l’université me fiche
la paix. Je n’attends rien de tout cela, aucune gloriole, hormis fouiller encore
et encore. La recherche est un domaine passionnant à condition qu’elle soit
libre et qu’elle puisse aller tout azimut (en cela je ne peux qu’être d’accord
avec les revendications légitimes des universitaires). Cependant les premiers
ennemis de la recherche sont les universitaires eux-mêmes. L’académisme dont ils
font preuve parfois est confondant. Je viens d’en faire les frais d’ailleurs :
ayant participé à une journée d’étude, on m’a demandé quatre
fois de revoir le texte de la présentation que j’avais faite : pas assez dans le
moule, trop approximatif «je souffre d’un manque de métadiscours précis », tel
est le diagnostic qu’on a relevé. Heureusement, je soigne cette maladie avec
opiniâtreté et conscience mais aussi avec du recul : un monde me sépare de ceux
qui accumulent publications universitaires dans un but carriériste et moi qui le
fait juste pour le fun. Mais devinez qui est le plus heureux ?
(17/04/2009)
Extrait d’une chronique d’Alexandre Vialatte : « Pourquoi tant d’écrivains
renoncent-ils à écrire des romans ». (in La Porte de Bath
Rabbim) :
« […] Mais j’exagère. Et premièrement parce que l’homme n’est pas ce que j’ai
dit : il est sautillant, primesautier, curieux comme un insecte rare, inattendu
dans ses moindres réflexes et coiffé d’un petit chapeau mou. (Ce que je reproche
à la plupart des romanciers c’est de nous faire oublier la chose.) Il possède
une âme immortelle. Il l’habille d’un pardessus gris. Il la piétine et la jette
à la poubelle. Il fait mille choses qu’un veau ne se permettrait jamais.
(Peut-être le rat ; ou la vipère ; mais tout cela nous mènerait trop loin.).
J’exagère, deuxièmement parce que précisément Le Père Goriot, Le Cousin Pons
ou Eugénie Grandet, ne paraissent jamais zoologiques. Ni Proust, ni aucun
des chefs d’œuvre. Et c’est précisément pourquoi ce sont des chefs d’œuvre. Ils
inventent la réalité. Ils copient un modèle qui n’existe nulle part. Ce que je
disais ne valait que du tout-venant. Et on comprend fort aisément qu’un
fabricant de tout-venant cesse un jour de produire. Mais on imagine facilement
qu’un homme n’ait plus besoin d’écrire, qu’il lui suffise pour son plaisir de se
raconter ses romans : on se raconte en dix minutes un roman de six cent
cinquante pages. C’est ce que fait à peu près tout le monde. Tout le monde est
romancier (au talent d’écrire près). Tout le monde à dans son fond tout un lot
de personnages, de caractères et de situations qu’il se raconte toute la journée
: le méchant voisin, la belle caissière, l’oncle d’Amérique. Il y a des gens
obsédés à tel point par leur petit guignol intérieur qu’ils traversent en ahuris
la vie réelle, bien moins intéressante pour eux. Qu’est-ce qu’un romancier de
vocation ! Il va au mariage de sa fille en pleurant sur une héroïne qu’il est en
train d’enterrer dans sa tête ! A quoi bon écrire une histoire dont il a tiré
tout le plaisir ? C’est gâcher le temps que de s’en raconter d’autres !
Et d’ailleurs qu’en resterait-il ? Une impression. Qui peut tenir dans un
comprimé : une chanson, une fable, un poème. Une petit poème
d’Apollinaire. En quatre vers. Que me reste-t-il du Poussière, le roman
de Rosamond Lehmann, que j’ai lu il y a très longtemps, et bien aimé ? Une
nostalgie, un petit goût de cendre, l’impression que le bonheur est là, derrière
le mur d’un jardin fermé. Tout cela tiendrait dans le refrain d’une chanson. Et
c’est pourquoi le vieux Mac Orlan ne fait plus autre chose. Chardonne fait des
bulles de savon : des choses courtes, irisées, argentées, aériennes, le plus
beau de ce qu’il ait écrit. Colette faisait une pluie de pétales, s’éparpillait
en articles divers, en descriptions de pythons, de fleurs, que sais-je ? en
portrait de Landru et recettes de loup au fenouil. Elle y mettait le meilleur
d’elle-même. Carco écrivait des souvenirs. A quoi bon entourer tout ça d’un
excipient, d’une histoire arbitraire, de ce qu’on appelle un roman bien fait ?
Le meilleur est dans le filigrane, le subconscient (le magma confus, la
nébuleuse d’où sort une œuvre). Certains le déballent à l’état brut, sans kapok
et sans emballage : Audiberti dans Dimanche m’attend, Gaston Bonheur dans
Le Vase de Soissons et La République nous appelle où il se
contente de faire le guide dans le musée de sa sensibilité d’enfant, et Fellini
(au cinéma !). Son 8 et demi, sa Juliette des esprits sont-ils
autre chose que le catalogue de son paysage intérieur, un recensement de ses
obsessions profondes ? Les paresseux n’attendent pas d’avoir produit : ils se
débarrassent sur-le-champ, dans l’ironie, la parodie d’eux-mêmes.
Inversement, cent romans peuvent tenir dans le couplet d’une simple chanson,
comme les pétales dans un bouton de rose : il n’y a qu’à le laisser s’ouvrir.
Personnellement j’ai gribouillé une vingtaine de romans plus ou moins terminés (Les
Complaintes des Enfants Frivoles) à partir d’une simple chanson ; mais elle
contenait en quelques lignes un microcosme : une barque, un bal, un glas et une
ceinture dorée ; le carnaval, la mort : toute la vie. Il m’eût suffi de l’avoir
écrite pour m’épargner de bien pénible travaux.
Le sage Mac Orlan a raison : il faut finir par des chansons.
Et le plus agréable est encore qu’un autre les écrive à votre place. L’épilogue
des Nuits de Cabiria (le film de Fellini), avec ses personnages qui
s’éloignent de nous, au bord d’un fleuve, en chantant, dans les bois, un peu
Watteau, fin et commencement de fête m’a soulagé bien certainement d’un pesant
roman de cinq cents pages.
Tout est nuit, fleuve et ceinture d’or, gondole, trépas et chanteurs éphémères.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand. »
(10/04/2009)
Calme plat ou plutôt rides sur l’eau et sur mon front. L’époque
est à la concentration. Au sortir de l’hiver et qui fut long cette année, pas le
temps pour l’instant de regarder pousser les fleurs. A peine aperçoit-on les
jonquilles qui défleurissent, les narcisses à l’apogée, les primevères au tapis
et les feuilles qui pointent. Rosiers taillés à la volée. Penser à appeler
quelqu’un pour couper la haie, pas le courage. L’écriture est pareille, rapide,
retenue, les idées pointent sous la terre, on en connaît les bulbes roses mais
pas le temps de remettre tout cela en potée. Ce sera pour plus tard. Ce qui
empêche ? Stupide acharnement du master de Lettres
modernes, on termine cette année. Pas de retard non, ce serait même mieux que
l’année précédente : tout devrait être terminé en juin, six mois passés dans la
proximité du travail et des études entremêlées, sans compter la fin de Bestiaire
domestique, manuscrit, correction, programmation, sortie, promotion. C’est drôle
tout cela en six mois compressés, sans compter tout ce qu’on a oublié dans la
mouvance des jours, un autre Master en Ressources humaines issu du boulot
(décidément je vais avoir un de ces CV roman…), et la petite famille, oui, ça va
bien merci. Tous ces rôles donc, costumes enfilés à la suite comme dans une
vaste cabine d’essayage, chemise d’écrivain, veste du mariage, cravate du
boulot, pull-over étudiant, jean familial, toque de cuisinier, bleu de chauffe
pour la mécanique, foulard pour le ménage, santiags pour la guitare électrique,
pantoufles pour mettre à jour Feuilles de route, les gants de caoutchouc pour
tailler les rosiers. Je me suis rajouté une autre panoplie, pantalon de
journaliste pour le compte d’une revue régionale culturelle, ça sera pour
bientôt. Pourquoi tous ces rôles ? L’expression, je m’éclate. Je suis partout,
totalitaire presque. Quelqu’un m’a dit (une prof de théâtre) : mais tu as peur
de la solitude ou quoi ? Deux secondes pour y réfléchir, puis reprendre ce
devoir d’anglais dans lequel j’écris “Moreover, these documents are meaningful
because they were made by non-white Americans : Ralph Ellison was black, like
Barack Obama, and Diego Rivera was Mexican. There is a new dimension in
multiculturalism…” Plus que deux jours pour le finir et je m’attaque à dix pages
sur le rire de Beckett. Bourreau de travail, me couper la tête en tranches de
guillotine, totalitarisme et éclatement de la personnalité : il faudra que je
prenne le temps pour réfléchir à çà, ça me fera un costume de plus à enfiler.
L’universitaire qui me suit m’a dit, tu devrais songer à un doctorat de Lettres
modernes. On verra, on verra… C’est quoi qu’il faut mettre à la soutenance, une
robe, une tiare ? Il faudra que je pense à l’habit vert de l’Académie
aussi. J’écris cela en robe de chambre, il est 6h du matin.
(03/04/2009)
Voici l’extrait d’une
interview d’Eric Chevillard (l’Autofictif
auteur « du hérisson » - note de lecture du 17/04/2002) qui tombe à pic puisque
dans ma note de lecture de cette semaine je cite les deux auteurs figurant
dans la question de l’interviewer :
En période de rentrée littéraire. De Beigbeder à Angot, le « rien » est
omniprésent. Alors que chez vous je trouve énormément de vie, de matière
littéraire. C’est le style qui différencie le « livre sur rien » du livre vide ?
« Un livre vide est affreusement plein : de vent (l’air du temps), de
considérations vaines, de bavardages complaisants et oiseux, de détails sans
intérêt, et surtout de mots dont aucun n’est pertinent. Livres vides,
c’est-à-dire surchargés tout comme le sont les croûtes en peinture. Aucun
rapport, donc, avec le livre sur rien qui est le ciel enclos, la chair faite
verbe. Le livre sur rien, ce serait le grand déménagement du monde hors de ses
greniers et de ses caves. Sur le trottoir, les encombrants, tout ce qui pèse et
depuis toujours nous plombe, on s’en va, on laisse tout, on existera dans la
langue, dans le livre sur rien, fait de mots justes et si bien articulés que
rien précisément dans les phrases qui le constituent ne grippe ni ne grince. On
approchait ce bonheur dans l’eau, dans l’air, dans la musique, mais ce n’était
pas ça encore, trop de limbes, tandis que livre sur rien réjouit l’intelligence,
elle se trouve là enfin dans son élément... »
« Surchargés comme sont les croûtes en peinture » : cela m’évoque la peinture de
Georges Bouche, dont la majorité des œuvres sont exposées au Musée d’Art Moderne
de Troyes (notes de lecture et d’écriture du 04/05/2005) mais le mouvement est
ici réfléchi, pas vide, surchargés d’un trop plein qui confine à la vacuité de
l’esprit humain : « l’homme est faible, vain : il faut qu’il affronte le
jugement des autres hommes quitte à en gémir », disait ce peintre et cela
rejoint avec justesse «le livre vide affreusement plein ».
Juste pour le plaisir et comme il est question d’Eric Chevillard dans sa
pratique d’écriture, citons sa proximité avec Claude Simon :
Eric Chevillard : " Quelle expérience de conscience c’est d’ordonner le monde à
sa guise durablement en le nommant. Nous en détenons les composants, les
matières premières, les éléments, précipités dans les mots qui les désignent et
de la sorte manipulables facilement. Il revient à l’écrivain de varier les
combinaisons. S’il ne le fait pas, qui s’en chargera ? ". (« Du Hérisson)
Claude Simon : « J’ai d’ailleurs souvent dit que mon travail me fait penser au
titre du premier cours par lequel on attaque maths’ sup’ que j’ai un peu
pratiqué dans ma jeunesse et qui s’intitule : « Arrangements, Permutations,
Combinaisons ». (lettre à Jean Dubuffet).
(27/03/2009)
"Je me souviens qu’un jour j’essayai une épreuve
plus convaincante encore que toutes les autres. Je pris dans ma bibliothèque un
certain nombre de livres tous contemporains, et, procédant à peu près comme la
postérité procédera certainement avant la fin du siècle, je demandai compte à
chacun de ses titres à la durée, et surtout du droit qu’il avait de se dire
utile. Je m’aperçus que bien peu remplissaient la première condition qui fait
vivre une œuvre, bien peu étaient nécessaires. Beaucoup avaient fait l’amusement
passager de leurs contemporains, sans autre résultat que de plaire et d’être
oubliés. Quelques-uns uns avaient un faux air de nécessité qui trompait, vus de
près, mais que l’avenir se chargera de définir. Un tout petit nombre, et j’en
fus effrayé, possédaient ce rare, absolu et indubitable caractère auquel on
reconnaît toute création divine et humaine, de pouvoir être imitée, mais non
suppléée, et de manquer aux besoins du monde, si on la suppose absente. Cette
sorte de jugement posthume exercé par le plus indigne sur tant d’esprit d’élite,
me démontra que je ne serais jamais du nombre des épargnés. Celui qui prenait
les ombres méritantes dans sa barque m’aurait certainement laissé de l’autre
côté du fleuve. Et j’y restai."
Cette note sur la condition de la littérature est tellement contemporaine
qu’elle date de 1863 : on l’a doit à Eugène Fromentin et elle est incluse dans
le chapitre XVI de Dominique (voir également en note de lecture).
(21/03/2009)
Il y a un élément qui revient toujours avec ce
que je dis du nouveau livre : je dis qu’il s’agit du septième. J’insiste, je
mets toujours en avant cette comptabilité puérile. C’était le cas à la
rencontre-lecture dans la librairie de ma ville, la semaine dernière. Et c’est
ce qui ressort d’ailleurs dans le bien nommé « compte rendu » du journal, deux
jours plus tard. Du contenu du livre, on en saura rien, juste qu’il s’agit du
septième. En réalité, peu importe le nombre exact (voir note d’écriture du
19/12/2009) pourvu qu’il soit suffisant. Deux livres en neuf ans de publication,
ça m’aurait paru peu, pourtant j’en connais pour qui ce nombre réduit
s’apparenterait à de l’élégance. Mais j’ai la grâce d’un notaire de province,
l’embarras caissier d’un rond de cuir de la Poste (que j’ai été), la faconde du
boucher de mon quartier : ça vous fera sept livres, je vous mets un os avec ? Ce
chiffre, donc, me satisfait : il ne fait pas fainéant ni dilettante du monde des
lettres, il ne fait pas suspect comme le ferait deux ou trois livres par an,
sans doute bâclés dans la frénésie d’écriture. C’est un nombre qui me paraît
juste et qui me rassure : j’ajoute d’ailleurs que presque tous sont publiés chez
mon éditeur national donc parisien. C’est un complexe de campagnard sans doute
issu de ce département oublié dans lequel je suis né et où je vis, une sorte
d’héritage immatériel qui nous force à considérer celui qui vient de la ville
avec déférence, comme un peu supérieur à soi. Je n’y peux rien, j’ai été élevé
dans cette porosité mérovingienne, vallées, bois, peu de richesses et ceux qui
n’y sont pas natifs ne font que passer. Reviennent alors souvent les expressions
du coin et l’accent mélangé des invasions du grand Est, Bourgogne, Franche
Comté, Lorraine, Champagne, Picardie : la manière de mettre un article devant
les prénoms, les mots décaniller, chanlatte, godin, la lumière restée « clairer
» toute la nuit, bref ce que les « piots » et les « piotes » apprennent «
jusqu’à pû soif ». Je « cause pas parisien » comme on dit aussi. Mais je
revendique ces sept livres, la caution de mon éditeur à la capitale, bref, tout
ce qui prend une importance démesurée ici. J’habite un pays de silence, faibles
habitants depuis toujours, peu droit à la parole, ni voix au chapitre. C’est
sans doute pour cette raison que mon insistance est si grande. Il faut d’abord
que je puisse me convaincre moi-même, crier à la face de mes pairs, famille,
amis, cette fierté d’une reconnaissance de sept livres. Eux s’en moquent sans
doute, ne perçoivent peut-être pas autant que moi le poids de cet héritage. La
reproduction sociale est avant tout géographique et on bouge peu par ici. Sept
livres, ça pose son homme, ça a de l’importance en province, ça veut dire qu’il
a fallu se rendre sept fois à la capitale, laisser son troupeau de vaches aux
portes du périph, discuter « le bout de gras » comme on dit aussi, pour
finalement être adoubé du titre archaïque de chevalier des lettres, sept fois
remis en cause, sept fois obtenu de nouveau, grande fierté de sept remises en
selle. Cet orgueil de boxeur est sans doute inutile et puéril, une réticence
vaine à l’heure où la géographie du numérique se moque bien des clôtures des
prés ou de la fontaine de la place Saint Michel. Mais ce qui est ancré en moi,
c’est bien ce qui s’est instillé depuis des dizaines de générations d’histoires
familiales : trouver un endroit, bâtir une maison, vivre en paix et pour cela,
choisir un métier, convaincre le châtelain du coin, graisser la patte aux
hobereaux du canton, régler l’octroi de la ville, bref, toujours demander la
permission. Cette allégeance est un réflexe archaïque dont je ne peux me passer,
un besoin de sécurité. Rappeler le nombre de mes livres, c’est le contraire
d’une vantardise.
(13/03/2009)
“Write in English, British, or American” nous a
dit récemment le Gardian dans son article
Don't get depressed: a writer's guide to surviving the recession. Ben
oui, la crise est partout. Avons-nous encore les moyens d’être édité en français
? Plus généralement, avons-nous les moyens d’entretenir notre langue nationale
dont on ne cesse de décréter son appauvrissement ? Dictées dans les facs,
obligation d’expliquer à nos chérubins que le mot trublion ne désigne pas un jeu
vidéo, que archétype n’est pas une insulte ou que « mes sentiments distingués»
ne vous oblige pas à rester le petit doigt en l’air mais n’est qu’une formule de
politesse qui connut son heure de gloire au temps révolu des lettres. Bref,
plutôt que réagir, peut-être vaut-il mieux vendre notre langue au plus offrant
avant d’être obligé de la donner au chat dans sa gamelle et gratuitement. C’est
peut-être le moment de s’en débarrasser. D’ailleurs, les mêmes chérubins qui
s’offusquent devant le pervers pédophile qui prononce tribulation avec un air
lubrique, sont les mêmes qui ne jurent que par les films obligatoirement en VO
et nous obligent à nous esclaffer devant la série Friends en anglais et
ses répliques mâchonnées sans sous-titre dont nous n’arrivons pas à deviner
l’ombre d’un mot, pardon, d’un word. Allez donc, vendons tout ! D’ailleurs, moi
qui suit fier d’avoir à rendre une étude in English sur Invisible man de Ralph
Ellison confronté au discours d’Obama dans sa version us d’origine, oui, je suis
partant pour qu’on arrête de me parler français, à la seule condition que le
vocabulaire total dont je puisse disposer tienne dans la chanson d’Aznavour :
you are for me, for me formidable… Pour preuve de ma bonne volonté, quelques
notes de lectures d’écrivains anglo-saxons (et pas des moindres), récupérées sur
l’excellent The Paris Review.
INTERVIEWER
What technique do you use to arrive at your standard?
FAULKNER
Let the writer take up surgery or bricklaying if he is interested in technique.
There is no mechanical way to get the writing done, no shortcut. The young
writer would be a fool to follow a theory. Teach yourself by your own mistakes;
people learn only by error. The good artist believes that nobody is good enough
to give him advice. He has supreme vanity. No matter how much he admires the old
writer, he wants to beat him
INTERVIEWER
Is emotional stability necessary to write well? You told me once that you could
only write well when you were in love. Could you expound on that a bit more?
HEMINGWAY
What a question. But full marks for trying. You can write any time people will
leave you alone and not interrupt you. Or rather you can if you will be ruthless
enough about it. But the best writing is certainly when you are in love. If it
is all the same to you I would rather not expound on that.
INTERVIEWER
Do you think a reader unacquainted with [African-American] folklore can properly
understand your work?
ELLISON
Yes, I think so. It’s like jazz; there’s no inherent problem which prohibits
understanding but the assumptions brought to it. We don’t all dig Shakespeare
uniformly, or even “Little Red Riding Hood.” The understanding of art depends
finally upon one’s willingness to extend one’s humanity and one’s knowledge of
human life. I noticed, incidentally, that the Germans, having no special caste
assumptions concerning American Negroes, dealt with my work simply as a novel. I
think the Americans will come to view it that way in twenty years—if it’s around
that long.
INTERVIEWER
What about creativeness in general?
HUXLEY
Yes, what about it? Why is it that in most children education seems to destroy
the creative urge? Why do so many boys and girls leave school with blunted
perceptions and a closed mind? A majority of young people seem to develop mental
arteriosclerosis forty years before they get the physical kind. Another
question: why do some people remain open and elastic into extreme old age,
whereas others become rigid and unproductive before they’re fifty? It’s a
problem in biochemistry and adult education.
INTERVIEWER
What else ?
BEINSTINGEL
Don’t forget : buy Domestic bestiary…
(06/03/2009)
« Jdv, roman, travail en cours, manuscrit
numérique de 66 pages à la date d’aujourd’hui », ai-je écrit dans cette même
rubrique il y a deux semaines. Ça laissait entendre un parcours régulier et il
l’a été pendant un mois et demi. Mais depuis une dizaine de jours, le machin
n’avance plus guère : j’ai écrit deux pages de plus et je me suis arrêté cinq
jours après avoir écrit la phrase ci-dessus. Je ne sais pas si je reprendrai ce
texte qui est assurément un écrit que je ne destine pas à être publié. D’un
côté, j’aime bien terminer ce qui est en cours surtout dans un pareil exemple où
je sens que cette histoire est au trois quarts entamée. Je sais exactement ce
qui va arriver à mon narrateur jusqu’à la fin de l’intrigue et c’est comme
raconter un rêve, on éprouve le besoin de le faire entièrement, on se sent
frustré si un réveil inopiné à écourté un songe qui vous a marqué. J’ai
l’impression de laisser le narrateur que j’avais inventé en plan, il perd de sa
chair, il devient sans avenir alors qu’il avait commencé à m’échapper comme un
voisin, une connaissance dont je raconte l’histoire. Écrire est vraiment drôle :
on invente un personnage et on finit par croire qu’il existe vraiment. Dans ce
cas précis, je sais exactement qui il est, quelle est son apparence physique, où
il habite, je connais les lieux qu’il traverse, les amis qu’il côtoie, je suis
lui. C’est vraiment une attitude de romancier que j’endosse, dans le sens
traditionnel : j’ai créé un personnage et il me tient : Madame Bovary c’est moi
(quoique dans ce dernier cas, il faudra que je fasse une note d’écriture
spécifique tellement il y a à dire sur les écrivains qui invente un narrateur de
l’autre sexe et pourquoi). Bref, mon narrateur est au repos pour une durée
indéterminée. Ce peut-être pour toujours comme d’ici à la fin de la journée je
peux l’avoir fait à nouveau bouger sur quelques pages, poursuite d’un petit film
intérieur, succession de touches lecture-stop, arrêt-pause sur le magnétoscope
intérieur des idées imaginaires. Je ne peux pas savoir à l’avance, écrire c’est
coup de tête et compagnie, c’est ce qui fait le charme de la chose, de même que
le carcan des théories, mort du roman, haro sur les fictions traditionnelles est
fait pour être constamment transgressé : on écrit dans un large spectre de
plume, un éventail de cliquetis de clavier qui va de l’expérimentation la plus
folle et dérangeante à la ringardise la plus convenue d’une littérature
arlequin. Mais en ces jours précis j’ai besoin de temps pour avancer dans mes
recherches universitaires, c’est pas un narrateur mais bien moi qui serai
évalué à la fin de l’année. C’est très scolaire et anti romantique comme
attitude : j’abandonne le rêve et la fiction pour le pragmatisme de la réalité.
Ce qui met encore plus en abyme la question de la fiction et du réel, la
question du narrateur avec qui on veut jouer et soi-même qui vit avec un seul
cœur dans un seul corps. Finalement un écrivain est vraiment un schizophrène et
l’écriture est la matière qui renouvelle constamment sa drôle de maladie.
(06/02/2009)
Quelques réflexions, suite à la liste
chronologique de mes manuscrits et publications que j’ai évoquée la semaine
dernière : en fait, il ne s’agissait que du recensement des versions papier qui
sont dans mon bureau. J’ai déjà effectué pareil inventaire et j’ai même monté au
grenier un carton de ces manuscrits le 25/09/2004, carton qui accusait le poids
de 29,4 kg si j’en crois le reportage photographique en
Webcam. Il s’agissait de doublons, de manuscrits intermédiaires imprimés en
cours de travail et j’avais pris soin de conserver au moins un exemplaire de ces
moments d’écriture toujours à portée de main. C’est ce reliquat que j’ai
entrepris d’énumérer il y a huit jours. Au total, cela fait 24 manuscrits
achevés et l’ensemble représente à peu près 3000 pages entassées dans mon
bureau, soit un équivalent de vingt volumes d’œuvres complètes dans le même
format que ma vieille édition -hélas incomplète- d’A la recherche du temps
perdu, Gallimard, 1949, collection in-8, qui compte en totalité 18 volumes.
Ça pourrait faire aussi trois volumes de Pléiade, si je m’offrais en plus la
rédaction de ma propre biographie à l’égal de Saint John
Perse. Mais il conviendrait alors de ne rien trier, garder le médiocre et le
beau, la lie et le nectar, si toutefois on peut hiérarchiser de la sorte
l’écriture et sa qualité. Je me souviens de ma relative déception en découvrant
que l’œuvre complète de Claude Simon en Pléiade, élaborée de son vivant avec sa
collaboration, ne comptait qu’un seul volume et écartait Histoire,
L’Acacia ou Leçon de choses, mais gardait La chevelure de Bérénice
qui me paraît de moindre importance, comme quoi l’avis de l’auteur et du lecteur
sont parfois antagonistes sur l’appréciation globale d’une œuvre.
Mais revenons à ma liste chronologique. Si les treize dernières années, je ne me
suis jamais arrêté plus de trois mois sans un nouveau projet mené à terme avec
ou sans parution, j’ai aussi réuni dans les trous d’emploi du temps des
morceaux, des bouts et des débuts dans tous les coins. Il m’est difficile de
comptabiliser tout cela. Feuilles griffonnées, pages dactylographiées et surtout
tout ce qui se tapit dans les mémoires de la demi-douzaine d’ordinateurs que
j’ai utilisés, les clés USB disséminées un peu partout. Minuscules petits
fichiers textes englués dans les 22 versions numériques de CV roman, les 13 pour
Paysage et portrait en pied de poule ou les 6 pour 1937 Paris Guernica, même si
la mémoire numérique est capable de les garder à l’infini, ils semblent
paradoxalement voués à l’oubli.
L’étape suivante de ce travail d’inventaire pourrait consister à retrouver les
versions numériques des textes les plus aboutis à commencer par ceux dans les 24
manuscrits qui demeurent non publiés. Ce n’est pas gagné, certains fichiers sont
sur des disquettes, élaborées à l’époque sur mon premier ordinateur Thomson
acquis il y a vingt ans, autant dit la préhistoire des premiers Personal
Computer.
Un autre enseignement de cet inventaire, mais je le savais déjà : je suis
profondément attiré par la fiction, un romancier donc. Que cela m'étonne montre
bien les réticences que je possède confusément à endosser pleinement ce rôle.
Savoir pourquoi ces réticences ne m'intéresse pas tant que cela : c'est
peut-être cette tension en moi qui constitue un de mes moteurs d'écriture. Les
dévoiler, ce serait rompre l'élastique.
(30/01/2009)
Liste des manuscrits et publications
personnelles, par ordre chronologique :
- Juillet 1978 – mars 1991: Martin Martin, roman, manuscrit de 190 pages,
non paru.
- Été 1991 : Jours d’été, heures jetées, sonnets traditionnels pour
inconditionnel, manuscrit de 47 pages, non paru.
- Mars Juin 1996 : Aventures au Cap Vert, roman, manuscrit de120 pages,
non paru.
- Août-novembre1996 : Monsieur Noël, roman, manuscrit de134 pages, non
paru.
- Noël 1996 : Le père Noël qui voulait maigrir, conte illustré pour
enfants, en 4 exemplaires spiralés.
- Janvier mai 1997 : La Réserve, roman, manuscrit de 160 pages, paru en
avril 2000, Guéniot, 213 p.
- Août 1997 – février 1998 : Rouge Ferrari, rose fleur, roman, manuscrit
de 202 pages, non paru.
- Mars – août 1998 : Piano muet, roman, manuscrit de 113 pages, non paru.
- Décembre 1998 – février 1999 : Roller, roman, manuscrit de 27 pages
(typographie serrée) , non paru.
- Mai 1999 – avril 2000 : Central, roman, manuscrit de 151 pages, paru en
septembre 2000, Fayard, 250 p.
- Mai - novembre 2000 : Trottoirs et potagers, roman, manuscrit de 115
pages, refusé en décembre 2000.
- Avril 2001 : Un dernier soir, nouvelle, pas de trace de manuscrit, paru
chez Inventaire-invention, version numérique (20 p.).
- Mai – octobre 2001 : Composants, roman, manuscrit de 151 pages, paru
chez Fayard en septembre 2002, 225 p.
- Octobre 2001 : Vers Aubervilliers, nouvelle, pas de trace de manuscrit,
Inventaire-invention, version numérique et papier 39 p.
- Mars - novembre 2002 : 52 écrivains de Haute-Marne (travail collectif
en codirection ), manuscrit de 169 pages, Guéniot, 192 p.
- Janvier- octobre 2003 : Paysage et portrait en pied-de-poule, roman,
manuscrit de 118 pages, paru en janvier 2004, Fayard, 182 p.
- Mars 2003 : Ne meurs pas, dormeur du val, pièce radiophonique pour
France Culture, manuscrit de 48 pages, jamais jouée.
- Sept 2003 : Un employé modèle, pièce radiophonique pour France Culture,
synoptique de 13 pages, jamais jouée.
- Janvier- avril 2004 : Appliqués à la vie moderne, roman, manuscrit de
68 pages, refusé en septembre 2005.
- Juil 2004 – fév 2007 : CV roman, manuscrit de 197 p. (20ème et
avant-avant dernière version), paru en septembre 2007, Fayard, 352 p.
- Avr – août 2006 : 1937 Paris-Guernica, (reprise d’Appliqués à la vie
moderne), manusc. de 108 p, paru mars 2007, Maren Sell, 156 p
- Janvier – décembre 2007 : Hendrix vieillit bien, roman, manuscrit de142
pages, refusé en janvier 2008.
- février – décembre 2008 : Bestiaire domestique, nouvelles, manuscrit de
83 pages, programmation chez Fayard pour mars 2009, 190 p.
- Décembre 2008 à ? : Jdv, roman, travail en cours, manuscrit numérique
de 66 pages à la date d’aujourd’hui.
(23/01/2009)
Le 5 décembre dernier, je notais dans cette même
rubrique (maintenant en archives 2008) que j’avais commencé un nouveau texte
avec 40 pages écrites en 1 semaine. Un mois plus tard, le machin au nom de code
Jdv compte à peu près 130 pages. J’en suis sans doute au deux tiers et, à ce
rythme, le premier jet pourrait être terminé d’ici quelques semaines. Je suis
toujours surpris de cette protubérance d’inspiration qui pousse à intervalle
régulier, sans crier gare, sans s’annoncer outre mesure. Choses irraisonnées,
quasi maladives mais sans douleur, plaisir fantaisiste au contraire, une
addiction à l’écriture, scories peut-être d’une imagination trop fertile.
Faut-il se soigner pour autant ? Non, je ne le pense pas, plutôt tenter
d’ordonner tout ceci. J’ai en projet de dresser la liste de tous ces textes
inaboutis (en ce sens qu’il ne sont pas proposés à la publication, considérés
comme textes transitoires ou qu’ils auront été refusés) et les sauvegarder d’une
façon numérique plus efficace.
Car Jdv fait partie de ces projets inaboutis : pas sûr que je le propose à ma
maison d’édition. D’ailleurs j’ai déjà d’autres projets qui fourmillent…
L’ensemble manque de cohérence avec la ligne éditoriale dans laquelle on semble
me pousser. Cette cohésion d’ensemble ne me dérange pas du reste. Éditer est un
travail commun et je me vois mal perturber « l’image » que l’on me colle avec
une autre publication qui serait encore différente des précédentes. Ça fait un
peu dispersé, touche à tout, peu crédible. Amélie Nothomb publie un livre par
an, mais l’ensemble est lié, reconnaissable. Pas sûr qu’avec le dernier paru
CV roman, Bestiaire domestique qui s’annonce, Jdv qui se termine ou
le précédent à l’humour de pied nickelés qui m’avait été refusé, je puisse
arriver à conserver une unique harmonie derrière mon nom d’auteur. J’aurais
l’impression d’esquisser un visage à la Francis Bacon. Déjà qu’à l’occasion de
la réunion des représentants, mon éditrice a laissé entendre deux fois à propos
de Bestiaire domestique que je changeais de style (avant de se raviser à
chaque fois car l’argumentaire que j’avais fourni explicitait en quoi ce recueil
de nouvelles s’insérait dans une certaine continuité). Déjà qu’à la parution de
Paysage et portrait en pied de poule, un critique avait trouvé que je
faisais un « virage à 180° »… Pour les éditeurs traditionnels, trouver chez un
auteur une certaine constance de style est importante. Elle se décline sans
doute plus largement chez les éditeurs séculaires : pérennité, marque de
fabrique, héritage... On n’imagine pas Gallimard renoncer à ses fameuses
couvertures jaunes à écriture rouge, changer d’avis et de politique éditoriale
quant à des collections qui existent depuis longtemps et qui ont de fidèles
lecteurs. Le risque commercial est trop grand. Soit, on peut le comprendre sans
jouer les artistes purs, froissés devant un refus. Parallèlement, on peut avoir
envie de changer ou de faire vivre la veine eau minérale et eau pétillante que
j’évoquais le 4 janvier dernier.
Mais on peut aussi, pourquoi pas, faire cohabiter deux auteurs en soi. La
schizophrénie habituelle entre le métier alimentaire et celui d’écrivain nous
prédispose suffisamment à cela, alors pourquoi ne pas rajouter un troisième
personnage ? J’ai donc choisi cette voie et je me suis trouvé un pseudonyme pour
répertorier tous les écrits qui n’entrent pas dans ma « ligne éditoriale ».
Beaucoup font cela, généralement dans le roman policier ou fantastique, le roman
de gare, pour éviter la trop grande collision avec les personnages qu’ils jouent
ailleurs. Tout cela ne préjuge pas de la suite donnée à ces autres écrits déjà
réalisés ou ceux à venir. Pas sûr que je les proposerai pour autant sous mon nom
propre ou qu’il seront publiés sous ce pseudo. Mais choisir un nouveau nom pour
soi, c’est déjà presque une nouvelle aventure qui commence : on reste dans
l’imaginaire qui est tout de même notre domaine de prédilection.
(18/01/2009)
Notes d’écriture expéditive car la tendance est
à la rapidité. C’est ce que déclare mon éditrice ce mercredi 7 janvier : de
toute ma carrière, je n’ai jamais publié un livre aussi vite... En effet :
manuscrit terminé le mercredi 26 novembre et envoyé par mail le jour même,
message (enthousiaste !) reçu lundi 8 décembre, acceptation définitive jeudi 11,
argumentaire pour les représentants élaboré le vendredi 12, réception et retour
pour signature des contrats la semaine suivante, proposition et choix des mises
en page le 18 décembre, proposition et choix de la couverture (magnifique !) le
6 janvier, participation à la réunion des représentants mercredi 7 pour préparer
la parution en mars. Je suis ressorti également le même jour avec les premières
épreuves, donc exactement 42 jours après avoir fini ce manuscrit agencé en 41
nouvelles.
Retour des premières épreuves corrigées dans huit jours. L’enfant se présente
bien, ce n'est pas un prématuré malgré sa précipitation, il est dodu à souhait,
pèse 190 pages, ce sera un petit trapu, format 120 x 185. A suivre...
(09/01/2009)
Je viens de relire le manuscrit que j'avais
proposé un an auparavant à mon éditeur.
Petit aparté : le mot manuscrit nous paraît souvent impropre. S'il
désigne cet entre-deux entre le
brouillon en cours
et la publication, ce qui est le cas dans celui que j'ai relu, il garde
néanmoins une allure d'ancien régime et de plume d'oie, bien obsolète à l'heure
de l'informatique. On utilise parfois "tapuscrit". Mais là encore, on imagine
plus volontiers une réalisation à la machine à écrire, tout aussi passée de
mode. Faut-il pour autant inventer un autre terme, genre "numériscrit" pour
désigner ce qu'on propose à l'éditeur sous forme d'un fichier joint à un e-mail
? J'y rechigne pour ma part, même si je trouve assez seyant et imagé le mot que
je viens d'inventer, je préfère garder "manuscrit", car, au-delà de l'outil,
c'est la main qu'il prolonge dans son étymologie et c'est bien la réalité
millénaire qui se profile derrière la tablette de cire du scribe, la plume d'oie
de Diderot, le stylo de Proust, la machine à écrire de Faulkner, l'ordinateur de
tous maintenant : se "colter" mains nues avec les mots, les agencer en phrases
et porter les paragraphes comme des parpaings pour agencer la maisonnée d'un
livre.
Donc, je disais avoir relu ce fameux manuscrit remis un an auparavant à mon
éditeur (Notes d'écritures du 20/01/2008 et du 19/12/2007, maintenant en
Archives) En réalité, pas si fameux que cela, au sens
mémorable du terme puisque j'en
avais oublié jusqu'au titre. Je ne me souviens pas d'ailleurs avoir évoqué
ce titre dans Feuilles de route et je ne le dirai pas davantage puisque
ce manuscrit n'a pas
poussé son existence au delà de celle contenue dans mes tiroirs informatiques (je ne l'ai
peut-être jamais édité sous format papier, il faudra que je vérifie...). Je
l'avais commencé il y a deux ans exactement, le 4 janvier 2007 et terminé
le 10 décembre 2007. Il pèse assez lourd et aurait constitué un livre assez
dense, pas loin de 300 pages. En le relisant, je me suis souvenu de sa gaieté :
finalement pas si mal que cela, le bougre. Il fait sans doute partie de la veine
Beaujolais comme aurait dit René Fallet qui partageait son écriture en deux
styles, la veine Beaujolais, aux péripéties rigolotes, et la veine Whisky avec sa nostalgie
d'amours abandonnés. Seulement, cet aspect marrant ne correspond pas à ce que je
propose habituellement : on m'a répondu : "trop pied nickelés". Il est vrai que
l'humour chez moi n'est pas très fin, plutôt genre potache. Soit. Donc je suis passé à
autre chose au point d'en oublier jusqu'au titre. Mais en le relisant, je
retrouve intact ma flopée de personnages, leurs farces, ces intrigues minces et
joyeuses. Pas sûr qu'il était si décalé que cela pour une édition. J'avais
autrefois publié La Réserve et c'est du même acabit. Ce bouquin régional
avait connu son petit succès et on continue d'en réclamer la suite dans mon
entourage, comme quoi la décision d'un éditeur n'arrive pas toujours à cerner
les retombées d'un livre sur un lectorat. Passons. Il n'est pas exclu que je
re-propose ce manuscrit dans l'avenir. Pourquoi pas avec un pseudo, si c'est une
question de l'image que l'on se fait de l'auteur. René Fallet a eu cette chance,
celle de pouvoir faire cohabiter deux styles. Cela ne l'a pas toujours servi :
ceux qui se cantonnent à aimer la galéjade de La soupe aux choux,
n'apprécient guère la tristesse de L'Angevine. Mais ce choix péremptoire n'est
pas le problème de l'auteur, c'est celui du lecteur, donc de l'éditeur qui rogne
parfois les ailes bleues de l'inspiration de leurs écrivains, fut-elle à
l'antipode de ce qu'on croit connaître d'eux. Je revendique donc, tout comme
René Fallet, le droit à avoir aussi ma veine Beaujolais cohabitant avec celle du
Whisky. Mais " C’estois un temps fort calamiteux et
misérable ", comme le disait un calviniste de Millau,
cité en épigraphe d'un roman de Maurice Genevoix La
Motte rouge, je les remplace donc, rigueur et répression
oblige, par la veine de l'eau plate et celle de l'eau pétillante.
(04/01/2009) |